Extraits de Proust

Les textes sont tirés de Du côté de chez Swann, dans la série A la recherche du temps perdu. Les pages correspondent à la collection Classiques de Poche, Le Livre de Poche, 1992.

Combray

p. 66:

« […]; ce baiser précieux et fragile que maman me confiait d’habitude dans mon lit au moment de m’endormir, il me fallait le transporter de la salle à manger dans ma chambre et le garder pendant tout le temps que je me déshabillais, sans que se brisât sa douceur, sans que se répandît et s’évaporât sa vertu volatile et, justement ces soirs-là où j’aurais eu besoin de les recevoir avec plus de précaution, il fallait que je le prisse, que je le dérobasse brusquement, publiquement sans même avoir le temps et la liberté d’esprit nécessaires pour porter à ce que je faisais cette attention des maniaques qui s’efforcent de ne pas penser à autre chose pendant qu’ils ferment une porte, pour pouvoir, quand l’incertitude maladive leur revient, lui opposer victorieusement le souvenir du moment où ils l’ont fermée. »

p. 102:

« On connaissait tellement bien tout le monde à Combray, bêtes et gens, que si ma tante avait vu par hasard passer un chien « qu’elle ne connaissait point », elle ne cessait d’y penser et de consacrer à ce fait incompréhensible ses talents d’induction et ses heures de liberté. »

p. 136-137:

« Mais Bloch avait déplu à mes parents pour d’autres raisons. Il avait commencé par agacer mon père qui, le voyant mouillé, lui avait dit avec intérêt:
« Mais, Monsieur Bloch, quel temps fait-il donc, est-ce qu’il a plu? Je n’y comprends rien, le baromètre était excellent. »
Il n’en avait tiré que cette réponse:
« Monsieur, je ne puis absolument vous dire s’il a plu. Je vis si résolument en dehors des contingences physiques que mes sens ne prennent pas la peine de me les notifier. »
– Mais, mon pauvre fils, il est idiot ton ami m’avait dit mon père quand Bloch fut parti. Comment! Il ne peut même pas me dire le temps qu’il fait! Mais il n’y a rien de plus intéressant! C’est un imbécile.»
Puis Bloch avait déplu à ma grand-mère parce que, après le déjeuner, comme elle disait qu’elle était un peu souffrante, il avait étouffé un sanglot et essuyé des larmes.

« Comment veux-tu que ça soit sincère, me dit-elle, puisqu’il ne me connaît pas; ou bien alors il est fou. »
Et enfin, il avait mécontenté tout le monde parce que, étant venu déjeuner une heure et demie de retard et couvert de boue, au lieu de s’excuser, il avait dit:
« Je ne me laisse jamais influencer par les perturbations de l’atmosphère ni par les divisions conventionnelles du temps. Je réhabiliterais volontiers l’usage de la pipe d’opium et du kriss
malais, mais j’ignore celui de ces instruments, infiniment plus pernicieux et d’ailleurs platement bourgeois, la montre et le parapluie. »

p. 172:

« Mais à ce nom de Guermantes, je vis au milieu des yeux bleus de notre ami se ficher une petite encoche brune comme s’ils venaient d’être percés par une pointe invisible, tandis que le reste de la prunelle réagissait en sécrétant des flôts d’azur. »

Un amour de Swann

p. 263:

« Quant à M. Verdurin, trouvant que c’était un peu fatigant de se mettre à rire pour si peu, il se contenta de tirer une bouffée de sa pipe en songeant avec tristesse qu’il ne pouvait plus rattraper sa femme sur le terrain de l’amabilité. »

Noms de pays: le nom

p. 452:

« Pourtant, elle continua encore un moment de se contenter de me dire « vous » et comme je le lui faisais remarquer, elle sourit, et composant, construisant une phrase comme celles qui dans les grammaires étrangères n’ont d’autre but que de nous faire employer un mot nouveau, elle la termina par mon petit nom. Et me souvenant plus tard de ce que j’avais senti alors, j’y ai démélé l’impression d’avoir été tenu un instant dans sa bouche, moi-même, nu, sans plus aucune des modalités sociales qui appartenaient aussi, soit à d’autres camarades, soit, quand elle disait mon nom de famille, à mes parents, et dont ses lèvres – en l’effort qu’elle faisait, un peu comme son père, pour articuler les mots qu’elle voulait mettre en valeur – eurent l’air de me dépouiller, de me dévêtir, comme de sa peau un fruit dont on ne peut avaler que la pulpe, tandis que son regard, se mettant au même degré nouveau d’intimité que prenait sa parole, m’atteignait aussi plus directement, non sans témoigner la conscience, le plaisir et jusque la gratitude qu’elle en avait, en se faisant accompagner d’un sourire. »

p. 472:

« Je traversais des futaies où la lumière du matin qui leur imposait des divisions nouvelles, émondait les arbres, mariait ensemble les tiges diverses et composait des bouquets. Elle attirait adroitement à elle deux arbres; s’aidant du ciseau puissant du rayon et de l’ombre, elle retranchait à chacun une moitié de son tronc et de ses branches, et, tressant ensemble les deux moitiés qui restaient, en faisait soit un seul pilier d’ombre, que délimitait l’ensoleillement d’alentour, soit un seul fantôme de clarté dont un réseau d’ombre noire cernait le factice et tremblant contour. Quand un rayon de soleil dorait les plus hautes branches, elles semblaient, trempées d’une humidité étincelante, émerger seules de l’atmosphère liquide et couleur d’émeraude où la futaie toute entière était plongée comme sous la mer. Car les arbres continuaient à vivre de leur vie propre et quand ils n’avaient plus de feuilles, elle brillait mieux sur le fourreau de velours vert qui enveloppait leurs troncs (sic) ou dans l’émail blanc des sphères de gui qui étaient semées au faîte des peuplier, rondes comme le soleil et la lune dans La Création de Michel-Ange. »

Extraits de Wodehouse

Littérature Anglaise

Pelham Grenville « Plum » WODEHOUSE (1881-1975)

Wodehose, 1930
À 49 ans, en 1930
Wodehose, 1975
À 94 ans, en 1975

Tous cambrioleurs (Leave it to Psmith), 1923

Les pages correspondent à l’édition de poche, traduction par Josette Raoul-Duval.

p. 11

« Le contraste entre Lord Emsworth et le nouveau venu était frappant, voire dramatique. Lord Emsworth était si péniblement privé de lunettes; Rupert Baxter, son secrétaire, si abondamment lunetté. »

p. 18

« Cependant Lady Constance descendant les escaliers, était parvenue dans le grand hall quand la porte du fumoir s’ouvrit et une tête apparut. Une tête ronde et grisonnante avec un visage rose et bien nourri.
– Constance, fit la tête.
Lady Constance s’arrêta
– Oui Joe?
– Entrez une seconde, fit la tête, je voudrais vous parler. »

p. 26

« 
– Clarence, pouvez-vous me prêter trois mille livres, sans aucun risque, en le cachant à Constance?
Lord Emsworth cligna des paupières.
– Cacher quelquechose à Constance? – Il leva les yeux de son livre pour jeter un regard de pitié affectueuse au visionnaire. »

p. 41

« Quand sonnera l’heure de la grande révolte contre la laideur de Londres et que des hordes glapissantes d’artistes et d’architectes, devenus fous de rage, feront leur propre loi et porteront le fer et le feu à travers la ville, Wallington Street, West Kensington n’échappera sûrement pas à la torche. Depuis longtemps, cette rue a dû être marquée en bonne place sur la liste des destructions. Car bien qu’elle possède certains avantages de la plus basses espèce: modicité des loyers, présence de bus et de métro, c’est une petite rue particulièrement affreuse. Située en plein milieu de ces quartiers de Londres où explose une sorte d’exzéma de briques rouges, elle consiste en deux rangées parallèles de petites villas, toutes semblables, toutes protégées par une petite haie miteuse, toutes agrémentées de petits morceaux de verres colorés du plus regrettable effet, incrustés dans les panneaux de la porte d’entrée. Et les jeunes peintres sensibles qui remontaient vers Holland Park pouvaient être vus parfois chancelants sur les trottoirs, les mains sur les yeux, murmurant entre leurs dents serrées: « Jusqu’à quand? Jusqu’à quand? ». »

p. 72

« La dame du vestiaire le regarda de l’air de quelqu’un dont l’esprit n’est pas tout-à-fait tranquille.
– Mr. Walderwick etait là il y a un instant, monsieur, fit la dame du vestiaire.
– Oui? dit Psmith, médiocrement intéressé. Une personnalité énergique, agissante, le camarade Walderwick! Toujours quelque part. Un instant ici, un instant là…
– Il réclamait son parapluie, fit la préposée avec un brin de froideur.
– Vraiment? Il réclamait son parapluie?
– Il a fait toute une histoire, monsieur, à ce sujet!
– Il a parfaitement raison, fit Psmith d’un air approbateur. l’homme de coeur aime son parapluie!
– Naturellement, j’ai été obligée de lui dire que vous l’aviez pris, monsieur.
– Je n’en attendais pas moins, fit Psmith avec chaleur. J’aime cette esprit de franchise. Il ne doit y avoir aucun malentendu, aucun subterfuge entre vous et le camarade Walderwick. Que la situation soit claire et nette.
– Il semblait tout bouleversé, monsieur. Il est parti à votre recherche.
– Je suis content de faire un vrin de causette avec le camarade Walderwick, dit Psmith, toujours content.
Il sortit et se dirigea vers le hall où il demanda à un portier de lui trouver un taxi. »

p. 75

« Arrivé à l’adresse indiquée, Psmith paya son taxi et, ayant gravi les marches, frappa d’un index délicat au guichet marqué « Renseignements ».

– Chère Miss Clarkson, commença-t-il d’une voie affable dès que le guichet se fut ouvert, si vous pouviez me consacrer quelques minutes de votre précieux temps…
– Miss Clarkson est occupée.
Psmith l’examina gravement à travers son monocle.
– Vous n’êtes pas Miss Clarkson?
– Les Renseignement dirent qu’ils n’étaient pas Miss Clarkson. »

p. 77-87 Psmith cherche un emploi.

Il faut tout lire…

p. 90

« Si R. Psmith rencontre l’auteur de cette lettre dans le hall du Picadilly Hotel à douze heures précises, vendredi premier juillet, une affaire pourra être conclue, si l’annonce est sérieuse et les termes raisonnables. R. Psmith aura un chrysanthème rose à la boutonnière et dira à l’auteur de la lettre: « Il pleuvra demain dans le Northumberland », à quoi la personne répondra: « C’est excellent pour les récoltes. » Prière d’être à l’heure. »

p. 91

« C’est seulement lorsqu’ayant demandé un chrysanthème, il vit le fleuriste s’avancer à moitié caché derrière ce qui ressemblait être un petit arbuste, qu’il réalisa ce qui l’attendait, lui toujours habillé de façon si correcte et si élaborée.
– Est-ce un chrysanthème?
– Oui monsieur, un chrysanthème rose.
– Un seul?
– Oui monsieur, un chrysanthème rose.
Psmith regarda cet objet répugnant à travers son monocle avec une antipathie marquée. Puis, l’ayant inséré dans sa boutonnière, il repartit avec l’impression d’être un animal sauvage à l’affut derrière les broussailles. Ce fâcheux arbuste gâcha complètement sa promenade. »

p. 96

« – Je vous avais demandé de mettre un chrysanthème rose. Pour pouvoir vous reconnaître, cous comprenez.
– Mais je porte un chrysanthème rose. Je n’aurais jamais cru que ceci pût échapper même à l’oeil le plus distrait.
– Cette chose? fit l’autre, regardant la fleur d’un air désapprobateur. Je croyais que c’était une sorte de chou. Je voulais dire un de ces petits trucs…machins… que les gens portent à la boutonnière.
– Un oeillet peut-être?
– Un oeillet! Voila!
– Psmith ôta le chrysanthème et le jeta derrière son fauteuil. Il regarda son interlocuteur avec un air de reproche.
– Si vous aviez étudié la botanique à l’école, camarade, dit-il, bien des souffrances eussent pu être évitées. Je ne saurais vous dire quelle agonie spirituelle j’ai souffert en déambulant dans la capitale
derrière ce buisson. »

p. 101

« Ces clubs allaient du Drones, endroit franchement frivole, jusqu’au digne et sévère Senior Conservative. Presque sans hésiter, Psmith décida que ce dernier constituait le cadre idéal pour son présent état d’esprit. N’importe quel familier du Senior Conservative Club eût approuvé son choix. Un homme désireux d’absorber une excellente nourriture tout en examinant à loisir son état d’âme n’aurait pu trouver dans tout Londres un meilleur abri. Au Drones, certes, on vous nourrit bien, mais la jeunesse y est reine et l’homme pensif qui scrute son âme peut à chaque instant voir ses méditations interrompues par une boulette de pain lancée adroitement de la table voisine par quelqu’esprit facétieux. »

p. 104

« Ralston Mc Todd était un jeune homme au tempérament dominateur. Il aimait être le centre d’intérêt, mener la conversation et être écouté respectueusement par une assistance subjuguée. Au cours de ce repas, aucune de ces satisfactions ne lui avait été accordée. »

p. 114

« J’espère, dit Lord Emsworth, offrant à son hôte une opportunité tardive de s’expliquer, j’espère que vous écrirez un de vos poèmes sur mes jardins, n’est-ce pas? Psmith fut envahi d’un sentiment de reconnaissance caractérisé. Les semaines de labeur passées au mileu des harengs de Billingsgate l’avaient marqué de la crainte persistante que les miasmes de poisson n’eussent pénétré jusque dans sa vie
privée. Pourtant il y avait là un interlocuteur sans préjugés, le regardant bien en face, qui l’avait pris pour un poète. Donc, en dépit de tout ce qu’il avait enduré, il devait y avoir encore dans son apparence extérieure quelquechose de hautement spirituel et de non poissonneux. »

p. 149

« […] Il y a une nouvelle femme de chambre?
– Oui, et elle s’appelle Suzanne.
– Suzanne? Suzanne? Cela sonne bien. C’est exactement le nom que pourrait avoir une vraie femme de chambre.
– Avez-vous jamais vu une femme de chambre ramper à quatre pattes sous un bureau? demanda Freddie avec chaleur.
– Elle rampe sous les bureaux?
– Je l’y ai prise ce matin, dans ma chambre.
– Mais n’est-ce pas pousser un petit peu loin que d’en conclure qu’elle est détective? Pourquoi le serait-elle?
– Eh bien! J’ai vu tellement de films où les femmes de chambre sont détectives… cela vous met mal à l’aise.
– Heureusement, dit Psmith, il n’y a aucune raison de rester dans le doute. Je vais vous donner un moyen infaillible de vérifier si elle est ce qu’elle semble être.
– Oui?
– Embrassez-la.
– L’embrasser!
– Exactement. Allez la trouver et dites-lui: « Suzanne, vous êtes bien jolie! »
– Mais elle ne l’est pas.
– Pour la circonstance, vous ferez comme si elle l’était. Vous allez la trouver et vous lui dites: « Suzanne, vous êtes bien jolie. Que feriez-vous si je vous embrassais? » Si c’est un détective, elle vous répondra: « Comment osez-vous, monsieur! » Alors que, si comme je le crois, c’est une authentique femme de chambre qui rampe sous les bureaux par pur excès de zèle, elle gloussera et dira: « Oh! ne dites pas de bêtises, monsieur! » Vous sentez la nuance? »

p. 168

« […] dans un monde engorgé de filles jusqu’à la congestion, Eve Halliday était une parfaite exception. »

p. 198

« Dans son trouble, Mr. Cootes s’oublia au point de cracher d’une façon répugnante sur une grenouille qui passait. Mais même dans cette entreprise triviale, il échoua. Il rata la grenouille qui disparut dans l’herbe verte avec un froid regard de désapprobation. »

p. 200

« Mr. Cootes, sans tenir compte de la présence d’une dame, ajouta quelques commentaires énergiques. »

p. 238

« Il se demanda s’il avait sagement agi en confiant une mission aussi délicate que le vol de la rivière de diamants de sa femme à un cerveau aussi notoirement déficient que celui de son neveu Freddie. C’était là, se disait-il tristement, une tâche qui eût nécessité les capacités de tout un syndicat de cambrioleurs et il l’avait mise entre les mains d’un jeune garçon qui, une seule fois dans toute sa vie, avait fait preuve d’initiative et d’inspiration lorsqu’il s’était coiffé avec la raie au milieu alors que tous les autres membres du Club des Célibataires brossaient leurs cheveux en arrière. »

p. 250

« – Pour employer un de vos mots favoris, oui! »

p. 323

« – Haut les mains! fit Mr. Cootes avec la brièveté grossière de quelqu’un qui n’a pas eu le privilège d’un milieu raffiné et d’une éducation soignée. »

Bravo Oncle Fred (Uncle Fred in the Springtime), 1939

Les pages correspondent à l’édition Omnibus, 1997. Traduction par Charles Thiollier.

p. 606

« – Mr Claure Pott annonça Webster à la porte.
Pour Pongo Twistleton, qui imaginait un détective privé avec un visage de faucon, un regard aigu et perçant et l’allure générale d’un léopard, Claude Pott fut un objet de complète surprise. Les faucons n’ont pas de menton, Claude Pott en avait deux. »

p. 616

« Pendant ce temps, ignorant la sollicitude dont il venait d’être l’objet, Lord Emsworth se trouvait dans la prairie près du potager, accoudé au toit confortable où était logée sa fameuse truie, l’Impératrice de Blandings, qui avait remporté deux ans de suite la médaille d’argent dans sa catégorie des cochons gras au Concours agricole du Shropschire. Le noble animal finissait sous les yeux attendris de son maître un petit-déjeuner tardif. »

p. 659

« Viens et aide-nous. Ta jeune et fraîche intelligence est justement ce dont nous avions besoin… Voilà Pongo, Polly, dit-il en rejoignant la jeune fille. Il est possible qu’il aît une idée. Il a failli en avoir une il y a trois ans? En tout cas il désire épouser ta cause. Hein Pongo?
– Et comment!
– Bon. Comme je le disais, Polly, la solution consiste à rencontrer le duc mais ce de ndoit pas être en tant que fiancée de Ricky.
– Pourquoi? demanda Pongo, commençant à faire montre de sa jeune et fraîche intelligence. »

p. 687

« Depuis qu’il a eu les oreillons étant enfant et qu’il a brusquement grandi jusqu’à atteindre huit pieds six pouces, j’ai toujours été inquiet de l’état mental d’Horace. Il va de soi que le cerveau d’un homme ne peut se trouver à une telle distance de son cœur et fonctionner normalement. »

p. 761

« Lord Ickenham ne parla pas immédiatement. Pendant quelques temps, il tortilla sa moustache en regardant pensivement son neveu. Il sentait une certaine rancune contre la Providence qui rendait indiscutablement la vie difficile à un brave homme. »

p. 761

« L’Impératrice de Blandings était un cochon qui prenait les choses comme elles venaient. Sa devise, comme celle du grand Horace, était « nihil admirari ». Mais aussi froide et même réservée qu’elle fût en règle générale, elle avait été un peu émue par les événements de la journée. En particulier, elle avait trouvé étrange la salle de bains. C’était le seul endroit où elle s’était jamais trouvée où semblait régner la famine. Ce qu’il avait de mieux à lui offrir était un tube de savon à barbe qu’elle était en train de goûter avec un froncement de sourcils quant elle fut rejointe par Mr Pott. Quand elle sortit, elle avait encore un peu de mousse sur les joues et ce fut peut-être ce dernier trait qui mit le comble à la stupéfaction de Lord Bosham et qui le détermina non seulement à reculer d’un mètre ou deux, les yeux exorbités, mais aussi à presser la détente de son fusil.
Le coup résonna comme l’explosion d’un arsenal, et il eût convaincu l’Impératrice, si elle avait besoin d’être convaincue, que ce n’était pas la place d’un cochon bien élevé. Jamais, depuis qu’elle était un tout petit goret, elle ne s’était déplacée plus rapidement qu’à un pas de sénateur. Mais cette fois Jesse Owens aurait eu de la peine à chronométrer sa performance. Après avoir heurté le lit, la table et le fauteuil, dans l’ordre chronologique, elle réussit à atteindre la porte-fenêtre et était sur le point de disparaître quand Lord Emsworth se précipita dans la pièce, suivi de Lady Constance. »

p. 791

« Lady Constance avait renoncé à tout calme patricien. Elle poussa un cri qui, s’il était sorti d’une source moins aristocratique, aurait pu être qualifié de braillement. »