Poèmes de Pablo Neruda

Pablo NERUDA (1904-1973)

Cien sonetos de amor (La Centaine d’amour) (1959)

Poète et homme politique chilien, de son vrai nom Ricardo NEFTALÍ REYES BASOALTO, Pablo NERUDA écrivit Cien sonetos de amor pour son épouse Mathilde URRUTIA. Les pages correspondent à l’édition Poésie bilingue Gallimard, nrf, 1995.

Poème 10. pp. 30-31

Suave es la bella como si música y madera,
ágata, telas, trigo, duraznos transparentes,
huberian erigido la fugitiva estatua.
Hacia la ola dirige su contraria frescura.

Douce est la belle, comme si musique et bois,
agate, toile, blé, et pêchers transparents,
avaient érigé sa fugitive statue.
À la fraîcheur du flot elle oppose la sienne.

El mar moja bruñidos pies copiados
a la forma recién trabajada en la arena
y es ahora su fuego femenino de rosa
una sola burbuja que el sol y el mar combaten.

La mer baigne des pieds lisses, luisants, moulés
sur la forme récente imprimée dans le sable;
maintenant sa féminine flamme de rose
n’est que bulle abattue de soleil et de mer.

Ay, que nada te toque sino la sal del frío!
Que ni el amor destruya la primavera intacta.
Hermosa, reverbero de la indeleble espuma,

Ah que rien ne te touche hormis le sel du froid!
Que pas même l’amour n’altère le printemps.
Belle, réverbérant l’écume indélébile,

deja que tus caderas impongan en el agua
una medida nueva de cisne o de nenufár
y navegue tu estatua por el cristal eterno.

laisse, laisse ta hanche imposer à cette eau
la neuve dimension du nénuphar, du cygne
et vogue ta statue sur l’éternel cristal.

Poème 48. pp. 108-109

Dos amantes dichosos hacen un solo pan,
una sola gota de luna en la hierba,
dejan andando dos sombras que se reúnen,
dejan un solo sol vacío en una cama.

Les deux amants heureux ne font plus qu’un seul pain,
une goutte de lune, une seule, dans l’herbe,
ils laissent en marchant deux ombres qui s’unissent,
dans le lit leur absence est un seul soleil vide.

De todas las verdades escogieron el día:
no se ataron con hilos sinon con un aroma,
y no despedezaron la paz ni las palabras.
La dicha es una tore transparente.

Leur seule vérité porte le nom du jour:
ils sont liés par un parfum, non par des fils,
ils n’ont pas déchiré la paix ni les paroles.
Et leur bonheur est une tour de transparence.

El aire, el vino van con los dos amantes,,
la noche les regala sus pétalos dichosos,
tienent derecho a todos los claveles.

L’air et le vin accompagnent les deux amants,
la nuit leur fait un don de pétales heureux,
aux deux amants reviennent de droit les œillets.

Dos amantes dichosos no tienen fin ni muerte,
nacen y mueren muchas veces mientras viven,
tienen la eternidad de la naturaleza.

Les deux amants heureux n’auront ni fin ni mort,
ils naîtront et mourront aussi souvent qu’ils vivent
ils possèdent l’éternité de la nature.

Poème 61. pp. 136-137


No es culpa de tus ojos este llanto:
tus manos no clavaron est espada:
no buscaron tus pies este camino:
llegó a tu corazon la miel sombría. …


Ces larmes ne sont pas la faute de tes yeux:
cette épée ne fut pas enfoncée par tes mains:
ce chemin-là, tes pieds ne le cherchèrent pas:
la coulée de miel noir est entrée dans ton cœur. …