Poèmes de William Shakespeare

William SHAKESPEARE (1564-1616)

Sonnets (1609)

Les pages correspondent à la collection Le Livre de Poche, Bibliothèque Classique, bilingue, 1992.

Poème XVIII, pp. 34-35

Vais-je te comparer à ce clair jour d’été?
Tu es plus modérée, tu es plus adorable.
Un vent brutal abat les chers bourgeons de mai.
Ce que prête l’été n’est pas à bail durable.
L’œil du ciel est parfois estimé trop ardent,
Ou bien sa face d’or se fait souvent obscure;
Il n’est point de beauté qui n’aille déclinant
Par l’effet du hasard ou du cours de la nature.
Ton éternel été ne se fanera pas,
Ces beautés à jamais demeureront les tiennes,
Et ne te retiendront les ombres du trépas,
Porté dedans mes vers aux époques lointaines.
Tant que battront les cœurs ou que verront les yeux,
Mes vers vivront et te feront vivre avec eux.

Poème XXXV, pp. 52-53

Du mal que tu mes fis, ne sois plus soucieuse,
La source a ses piquants, les sources d’argent leur boue.
La lune et le soleil s’éclipsent dans les cieux,
Dans le plus beau bouton un vers rongeur se joue.
Tout homme peut pêcher et moi-même en ceci,
Je permets ton abus, te servant de modèle,
Me corrompant moi-même, absolvant ton délit,
Excusant ton délit par un excès de zèle.
Je donne leur vrai sens aux fautes de tes sens;
Ton as pour avocat ton adverse partie;
Contre moi-même ici mon procès j’entreprends;
Ma haine et mon amour ont guerre si suivie,
Que je sers de complice à ce voleur charmant,
Qui vient me dépouiller aussi cruellement.

Poème XLIII, pp. 60-61


Tous les jours sont des nuits avant que je te voie,
Et les nuits de clairs jours quand un songe t’envoie.

Poème LXXVI, pp. 92-93


Vieux ou neuf, le soleil chaque jour resplendit,
Et mon amour redit ce qu’il a déjà dit.